Mariages et Infidélités – Joyce Carol Oates

Challenge La nouvelle

“Dans ce recueil de dix nouvelles, Joyce Carol Oates porte son analyse sur le terrain du couple déjà formé et déjà séparé, dans les lendemains de l’amour. Là se manifestent d’autres forces qui, pour être plus sournoises, n’en sont pas moins meurtrières. Paradoxalement, ce n’est pas l’histoire des rapports entre les membres du couple qui intéresse la romancière. Le mariage n’est  pris par elle que comme une situation de fait, une donnée de base, un prisme à travers lequel se révèlent des conflits, des “infidélités” dont la source est à chercher ailleurs.”

Extrait de la préface de Claire Malroux

***

Première lecture de cette auteure si appréciée sur la blogosphère littéraire.  Commencer par des nouvelles n’est peut être pas le choix le plus judicieux, toutefois ce livre m’intriguait. Mariages et Infidélités regroupe dix nouvelles de l’écrivaine américaine. Si la première nouvelle m’a enchanté, il m’a été plus difficile d’accrocher aux autres du recueil. La première nouvelle, Un mariage sacré, la plus longue du recueil, met parfaitement en place un univers mêlant mélancolie et exaltation et m’a donné l’envie que ce recueil de nouvelles se transforme en roman et ne conserve que cette histoire.

Pourtant chaque nouvelle a une fin. C’est donc intriguée que j’ai continué cette lecture. Premier constat, les autres nouvelles du recueil sont beaucoup plus sombres. Chaque nouvelle met en scène un personnage en prise à une dépossession de sa vie personnelle, de ce qu’il est, doit être, aspire à être : la femme mariée qui vit en banlieue finit par haïr son enfant ; le père divorcé, découvrant qu’il ne peut pas aider son unique enfant par incompréhension et par lâcheté ; la femme adultère qui décide de revenir vivre avec sa famille après quelque mois passé avec son amant,…

Une chose est sûre, aucune nouvelle n’est joyeuse. Cette ambiance assez lourde a eu raison de mon enthousiasme à la lecture : j’ai passé environ une semaine à regarder le livre fermé, sans désirer l’ouvrir alors qu’il ne me restait plus qu’une seule nouvelle à lire.

Je ne lis pas beaucoup de nouvelles. Hormis les recueils lus de Fitzgerald, ma culture “nouvellesque” est assez plate. Et ce que je pensais aimer d’une manière générale avec ce genre – découvrir une histoire sans début défini et ne pas forcement connaître la fin, juste partager un moment de vie  -  je ne l’ai pas retrouvé dans ce recueil.  J’ai été frustrée dans cette lecture dans le sens où j’avais envie que les nouvelles soient plus détaillées, d’en savoir plus sur les personnages, continuer à avancer dans cet univers, qui est certes sombre, mais non dépourvu d’intérêt.

Le lecteur est happé dans un cercle de souffrance étrange et désagréable et la brièveté du récit accentue ce malaise, ne permettant pas d’avoir assez de recul pour ne pas être affecté par la teneur des histoires.

Mariages et Infidélités est une lecture déstabilisante, toutefois le génie de Joyce Carol Oates m’apparaît clairement, et lorsqu’une lecture est éprouvante au niveau du ressenti je ne peux que m’incliner devant la force de cette écriture qui a su provoquer quelque chose en moi.  Joyce Carol Oates je ne manquerais pas de lire un autre de vos livres (oui, oui, elle va me lire, c’est sûr…)

Lu dans le cadre du challenge La nouvelle organisé par Sabbio

Simetierre – Stephen King

Si vous avez peur des chats

Louis Creed, un jeune médecin de Chicago, vient s’installer avec sa famille à Ludlow, charmante petite bourgade du Maine. Leur voisin, le vieux Jud Grandall, les emmène visiter le pittoresque vieux “simetierre” forestier où des générations successives d’enfants de la localité ont enterré leurs animaux familiers. Mais, au-delà de ce “simetierre”, tout au fond de la forêt, il en est un second, et c’est un lieu imprégné de magie qui vous enjôle et vous séduit par de mystérieuses et monstrueuses promesses. Bientôt, le drame se noue, et l’on se retrouve happé dans un suspense cauchemardesque, tellement affreux que l’on voudrait s’arracher à cette lecture…

***

J’ai voulu lire quelque chose pour me faire peur, un livre qui m’empêcherait de me coucher sereinement sans avoir fait le tour des pièces. Par conséquent j’ai pensé à Stephen King. Sauf que cet auteur est excessivement prolifique et que tous ses romans ne doivent pas être de qualité égale. C’est grâce à Mazel que j’ai jeté mon dévolu sur Simetierre dans l’espoir de frissonner un peu (ma lecture s’est faite en pleine période d’Halloween, le marketing a gagné…).

Alors est-ce que c’est “tellement affreux qu’on voudrait s’arracher à cette lecture” ?. Et bien oui, un peu. Tout commence à peu près bien, une nouvelle famille, charmante et américaine jusqu’au bout des ongles s’installe dans cette grande maison longeant une sorte de départementale. Le lieu semble idyllique mais il y a double danger : la route et cette immense forêt adjacente à leur propriété qui semble dégager un étrange pouvoir…

Raconter toute l’histoire du livre reviendrait à le gâcher  étant donné que l’on ne lit pas Stephen King pour son style mais pour les rebondissements. En tout cas si vous avez peur des chats, il se trouve dans ce livre le chat le plus affreux du monde,  vicieux, sournois, méchant et complètement répugnant.

Donc oui j’ai voulu m’arracher à la lecture parce qu’à partir d’un certain moment ça devient franchement glauque, ça s’éloigne même de l’éthique. Par contre, j’ai dormi sur mes deux oreilles car, heureusement, je n’ai pas de chat chez moi, sinon l’angoisse du regard vert et perçant m’aurait obligé à enfermer la bête dehors (mais elle parvient toujours à rentrer).

Quoi qu’il en soit, mon premier Stephen King lu ne se conclut pas sur une déception ou une découverte incroyable. C’est sympathique. Au niveau du rythme c’est les montagnes russes : du haletant au soporifique. La façon dont King fait monter le suspense est classique mais efficace : tout va bien, le héros se brosse les dents, le lecteur ne s’attend à rien et la page suivante c’est l’horreur et l’hémoglobine.

Une lecture qui vide l’esprit et qui pourrait déclencher une phobie féline.

475 p.

Les Souvenirs – David Foenkinos

Ni oui ni non

Livre reçu dans le cadre des Match de la rentrée littéraire organisés par Price Minister. Pourquoi avoir demandé Les Souvenirs de David Foenkinos ? Par pure curiosité, pour me faire un avis sur cet auteur qui est tour à tour encensé puis descendu.

1 / L’histoire

Rien de bien folichon. Le narrateur vient de perdre son grand-père et sa famille se retrouve dans l’inconfortable position de placer la grand-mère en maison de retraite, malgré le refus ce celle-ci.

A partir de ce moment, le narrateur va découvrir un nouvel aspect de la vie, celui où l’on découvre nos grands-parents avec un regard d’adulte. Ce regard qui nous permet de voir le désarroi, l’ennui de la vie de retraité et la disparition de la notion d’avenir.  En prenant conscience de cette vieillesse qui touche irrémédiablement ceux qui ont été jeunes, le narrateur  perçoit sa vie différemment, ses objectifs, sa vie sentimentale, la relation qu’il a avec ses propres parents  tout juste retraités. Cette prise de conscience se mélange à sa réflexion sur l’écriture. Le narrateur souhaite écrire un livre. En le suivant sur plusieurs années le lecteur assiste au changement du  narrateur qui dépasse le fantasme de l’écrivain pour se confronter à la réalité des premiers mots jetés sur le papier.

2 / L’écriture

Après le rien de bien folichon, nous sommes dans le rien d’intéressant en ce qui concerne l’écriture. Aucune phrase de notée, aucun choc littéraire. J’ai été plus mal à l’aise face à l’écriture de David Foenkinos que charmée. J’ai eu cette désagréable sensation de lire la prose de quelqu’un qui se veut écrivain mais qui s’asphyxie sous les fantômes des géants de la littérature. Certaines phrases font tâche dans l’ensemble du texte, comme si Foenkinos était à la recherche de la phrase qui nous ferait poser le livre deux petites secondes pour regarder le plafond et se dire “Ah ouais, quand même”. Alors soit c’est un coup de maître de l’auteur qui parvient à écrire comme un homme qui se voudrait écrivain et qui se cherche littérairement parlant, soit c’est le style de Foenkinos. Je ne peux trancher sur cette question étant donné qu’il s’agit de ma première lecture de cet auteur.

Et pour couronner le tout, il y a une chose que j’ai absolument détesté : les notes de bas de page pour donner des précisions quant aux choix d’une ponctuation ou pour donner une information sur un personnage que l’on suit depuis le début. Je n’ai pas compris l’intérêt si ce n’est mettre en avant la faiblesse de son texte ou prendre le lecteur pour un imbécile.

Un très bon point tout de même : Foenkinos parvient très bien à écrire l’émotion. A la lecture de ce livre, certains passages m’ont réellement émue, notamment dans les descriptions des rapports grand-mère/petit-fils. On s’attache facilement aux personnages.

3 / Conclusion

C’est donc une conclusion étrange. Si je pense au livre, c’est un avis négatif qui me vient à l’esprit. Une histoire somme toute assez commune, manquant de saveur, des moments clichés et un style qui ne m’a pas plu. Et pourtant, ma lecture n’a pas été forcée, j’ai même éprouvé un certain plaisir et l’envie de connaître la fin était bel et bien présente

C’est un livre un peu beau, un peu glauque, un peu réussi et un peu raté.

Je remercie Price Minister pour l’envoi de ce livre.

Gallimard – 265 pages

Clair de femme – Romain Gary

Roman de vie

Ce roman est un chant d’amour à cette « troisième dimension » de l’homme et de la femme : le couple.

***

C’est la deuxième fois que je lis un roman de Romain Gary. La vie devant soi m’a tellement émue que j’étais vraiment effrayée à l’idée d’ouvrir un autre livre de cet auteur et de me prendre une baffe romanesque en pleine face (pardonnez mon langage)

J’ai pris mon courage à deux mains car il serait bien bête de ne pas lire ces grands auteurs de peur de l’impact qu’ils pourraient avoir sur nous.

Clair de femme est un livre plein de douceur et de douleur. L’écriture marie délicatesse et force, à l’image des deux protagonistes de l’œuvre.

Michel et Lydia se rencontrent au détour d’une rue, à partir d’un moment de vie on ne peut plus banal et leurs douleurs respectives les feront s’accrocher l’un à l’autre le temps d’une nuit.

Le sujet du livre est délicat : comment continuer à vivre après la perte d’un être profondément aimé. Lydia vit depuis quelque temps dans cette situation, Michel lui le découvre  ce soir là. En côtoyant Lydia, Michel cherche à fuir ce qu’il ne peut changer tout en restant  près de la personne qu’il aime plus que tout, reconstruisant son couple  à travers Lydia.

Niveau relationnel, la situation de Michel et Lydia, aussi émouvante soit-elle, est empreinte de malaise, de fuite et de compréhension. Comment accepter ce que demande Michel ? Michel ne veut que le bonheur, refusant de s’apitoyer sur sa douleur. Lydia a peur de bafouer la mémoire des êtres disparus, s’empêchant de vivre pleinement, sauf pour Michel cette nuit là.  Si ces deux personnages peuvent se soutenir le long d’une nuit, ils ne pourront pas s’entre-aider, la demande de l’un ne correspondant pas au besoin de l’autre.

Un très beau livre sur le deuil, sur l’amour, sur la construction personnelle. Le sujet m’a énormément surpris et il est assez difficile de résumer un tel livre.  Voilà un vrai écrivain, sachant manier les belles phrases et les beaux sujets.

Pour ceux qui ont lu ce livre, écoutez donc ce podcast de l’émission Comme on nous parle, sur France Inter. Pascale Clark a reçu Jean Louis Fournier, auteur de Veuf, qui m’a  énormément fait penser au personnage de Michel dans son refus du malheur.

***

Livre qui ne fut pas lu dans le cadre du challenge Romain Gary mais qui a rejoint le challenge de Delphine  après coup !

Vos incontournables

Bonjour à tous,

Mon amour pour les listes frappe encore.

Je travaille en bibliothèque (seule) et lorsqu’un usager me demande des conseils de lecture, j’ai du  mal à le conseiller. Si j’aime la littérature et en parler, j’ai beaucoup de difficulté à dire à un inconnu “Ce livre m’a plu” parce qu’on est pas sûr que cette appréciation littéraire sera réciproque.

Du coup je cherche rapidement dans ma mémoire, quels sont les livres dont a parlé la blogosphère littéraire, quels sont ces incontournables que je n’ai pas encore lu ?

Alors soyons collectifs si l’opération vous intéresse.

Citez-moi, dans les commentaires de ce billet, vos 3 livres préférés (ou moins, mais 3 maximum), ceux qu’il faut absolument lire une fois dans sa vie. Par la suite, je créerai un onglet sur ce blog où vous pourrez accéder à cette liste.Si un ouvrage est cité à plusieurs reprises, je mettrai un nombre entre parenthèses à côté.

Blogueurs littéraires, mode, maman, déco, cuisine ou autre et non blogueurs, mettons en place une liste des incontournables !

Merci à tous !

De la jouissance en littérature : 50 leçons – Edouard Launet

Le jeu de la littérature

O amis lecteurs qui vous contentez de l’innocent et banal « bonheur de lecture », pouvez-vous seulement imaginer la jouissance que peut procurer la littérature ? Savez-vous qu’il existe un continent de plaisirs inconnus offert à tous ceux qui s’approchent d’un livre ? Si vous l’ignorez, il est temps pour vous d’embarquer à bord de celui-ci… Vous y découvrirez une délibération secrète du jury Goncourt ; l’art de l’insulte chez les écrivains ; les stratégies d’accouplement mises en scène sur les couvertures de romans sentimentaux ; l’usage de Victor Hugo au Parlement ; que le dernier billet manuscrit de Proust concernait une définition de mots croisés ; que le Dr Devendra Singh, au Texas, a analysé 345 000 romans de littérature anglaise pour définir ce qu’est une femme séduisante ; que l’Académie nationale américaine des sciences se chamaille pour savoir si une baisse de la lumière du soleil dans l’Odyssée décrit bien une éclipse ; que le darwinisme littéraire consiste à se demander pourquoi on lit des romans au lieu de faire l’amour ou de s’occuper du jardin, ce qui serait bien plus profitable à la survie de l’espèce ; que selon la revue Psychological Science, lire Kafka rend plus intelligent ; comment BHL et Houellebecq parlent musique ; ce qu’Agnès veut réellement dire en énonçant « Le petit chat est mort » dans L’Ecole des femmes ; qu’Herménégilde Chiasson est bien un poète ; qu’à Gdansk, un colloque a été consacré aux « livres qu’on n’a pas lus » ; que le prix Bulwer-Lytton récompense chaque année le pire incipit de roman ; que Philip M Parker a écrit 85 000 romans grâce à un logiciel de sa création ; comment la lecture au lit influe sur la stratégie de reproduction des couples, etc. Grâce à ces 50 leçons de bonheur et d’hédonisme textuels, mélanges d’espièglerie et de rigueur scientifique, vous n’ouvrirez plus jamais un livre de la même façon…

***

Lorsqu’un ouvrage vous fait sourire dès le premier paragraphe, il est assez agréable de se laisser charmer et de découvrir ce que l’auteur a à nous raconter.  Edouard Launet nous invite à découvrir le jeu de la littérature. Les auteurs sont épiés, décortiqués, que ce soit leurs habitudes, leurs choix de ponctuation, ou de phrase d’ouverture de livre. Ces personnes qui les décortiquent ne sont autres que les universitaires qui cherchent à comprendre pourquoi tel point se trouve à tel endroit. L’auteur s’amuse de ces questionnements ou des créations artistiques autour de la littérature, et nous livre  des pistes de réflexions, des conseils amusants aux jeunes auteurs et énormément d’anecdotes succulentes.

Le travail fourni par Edouard Launet me semble prodigieusement énorme. Combien d’analyses et de colloques inconnus du grand public a-t-il dû lire, à chercher l’information et la faire swinguer en des chroniques aussi réjouissantes ?  L’humour littéraire est chose  rare, et d’autant plus délectable quand il est aussi bien fait.

Kafka rend plus intelligent, Victor Hugo est une super-star au sein du Parlement français, Jules Verne probablement un auteur érotique… Tout dans ce livre mène le lecteur à l’amusement et à la découverte.

On referme ce recueil amusé, heureux de ne pas être universitaire et effrayé de se faire un jour décortiquer de cette façon si on publie un livre. De la jouissance en littérature est  un ouvrage intelligent et très drôle.

Je ne résiste pas au plaisir de retranscrire un extrait du livre, parce qu’en réalité, la meilleure solution pour rendre justice au livre est encore de laisser la parole à celui-ci :

“Au début de l’année 2000, alors que la France était encore sous le choc de deux tempêtes qui venaient de la ravager d’ouest en est, le territoire fut balayé par un troisième ouragan aux dégâts moins immédiatement manifestes mais aux conséquences sans doute plus durables : la publication aux Presses universitaires de Limoges d’un long texte de Bertrand Westphal intitulé Pour une approche géocritique des textes : esquisses.” p. 53

Livre reçu dans le cadre de Masse Critique de Babelio. Retrouvez la fiche du livre ici

Un grand merci donc à Babelio et aux éditions Philippe Rey

Nouvelle coupe de cheveux

Un article purement formel pour vous avertir de la migration de mon blog sur WordPress.

Je suis très contente de ce nouveau lieu, plus clair et plus simple d’utilisation !

J’ai longtemps hésité sur le thème à choisir pour au final prendre un des plus classiques et que l’on retrouve sur beaucoup de blog, mais nous n’y pouvons rien : il est trop bien !

J’ai malheureusement perdu les commentaires, Canalblog n’aidant pas à faire migrer les blogs sans  parler de plugin et d’autres mots dont je ne comprends pas le sens. Du coup, j’ai remis les anciens articles mais vos tendres preuves d’amour ont disparu.

D’autres viendront, ne soyons pas nostalgique !