Le nom de la rose – Umberto Eco

La grande classe

Quatrième de couverture :

Une abbaye bénédictine entre Provence et Ligurie, en 1327. Rien ne va plus alors dans la chrétienté. Le pape est en Avignon pour défendre son pouvoir temporel et abreuver sa soif de richesses. L’empereur d’Allemagne étend son règne sur l’Italie et, avec lui, les théologiens impériaux taxent la pape d’hérésiarque simoniaque. Rebelles à toute autorité, des bandes d’hérétiques sillonnent le royaume et servent à leur insu le jeu impitoyable des pouvoirs. En arrivant à l’abbaye, l’ex-inquisiteur Guillaume de Baskerville, accompagné de son secrétaire Adso de Melk, se voit prié par l’Abbé de découvrir au plus vite qui a poussé un des moines à se fracasser les os au pied des vénérables murailles. C’est le premier des sept assassinats qui seront scandés par les heures canoniales de la vie monastique. Danse de mort autour d’un bibliothèque interdite d’où se feront les sept trompettes de l’Apocalypse,les rictus du diable et le rire d’Aristote…

Prix Médicis étranger 1982, Le Nom de la rose n’est plus à présenter.

Le roman retrace un passage dans la vie du narrateur, Adso, alors novice, lors de son séjour dans une abbaye italienne. La veille de l’arrivée d’Adso et de Guillaume de Baskerville, un moine a été retrouvé mort au pied d’une falaise. Suicide ou meurtre, l’Abbé demande au brillant Guillaume de résoudre l’affaire avant l’arrivée d’une délégation dans l’enceinte de l’abbaye.

Divisé en sept journées le roman se présente comme les mémoires d’Adso, souhaitant laisser une trace des événements ayant eu lieu durant cette semaine.

 » Je me suis promis d’être chroniqueur fidèle et non pas seulement par amour de la vérité, ni pour le désir d’instruire mes lecteurs futurs ; mais en outre pour libérer ma mémoire flétrie et lasse de visions, qui, durant toute une vie, l’ont tourmentée. Et donc je dois dire tout, avec décence mais sans honte »

Au fil de l’enquête, d’autres moines trouvent la mort, laissant supposer la présence d’un meurtrier suivant étrangement le modèle des sept trompettes de l’Apocalypse.

Très vite Guillaume comprend que la bibliothèque de l’abbaye, lieu d’une grande richesse culturelle, est source d’interrogations et de terreur : interdiction de s’y rendre, réputée habitée par des spectres. Seuls le bibliothécaire et son apprenti connaissent les mystères de ce lieu. L’enquête s’aiguille alors autour de cette fameuse bibliothèque.

 ***

Voilà une oeuvre qui demande beaucoup de silence et de concentration. Si l’enquête menée par Guillaume et son novice est le nerf central de l’oeuvre, Umberto Eco développe longuement l’atmosphère pesante de ce siècle où de violents débats politiques et théologiques ont lieu. Revenant sur l’inquisition, Eco, par le biais de Guillaume de Baskerville, nous pousse à réfléchir à la liberté de croyance et la place de l’Eglise dans cette foi. En choisissant un novice pour narrateur, Umberto Eco parvient à donner l’illusion de cette naïveté à la découverte de la vie  et notamment de la vie religieuse confrontée aux choses de la vie réelle. 

Au niveau de la construction, chaque chapitre correspond à une heure dans la vie monacale. Tout comme de nombreuses oeuvres de l’époque (Umberto Eco laissant croire qu’il a trouvé un manuscrit, comme le fit Cervantès pour Don Quichotte), chaque début de chapitre est  surmonté par un court résumé de trois lignes.

Il ne s’agit pas d’un livre que l’on dévore, tout du moins, je ne l’ai pas dévoré. Impossible de le lire dans un lieu bruyant, impossible de le lire en étant fatiguée. La première partie du roman pourrait décourager, et l’auteur s’en félicite :

« Après avoir lu le manuscrit, mes amis de la maison d’édition me suggérèrent de raccourcir les cent premières pages qu’ils trouvaient trop absorbantes et fatigantes. Je n’eus aucune hésitation, je refusai. Je soutenais que si quelqu’un voulait entrer dans l’abbaye et y vivre sept jours, il devait en accepter le rythme. S’il  n’y arrivait pas, il ne réussirait jamais à lire le livre dans son entier. Donc les cent premières pages avaient une fonction pénitentielle et initiatique. Tant pis pour qui n’aimerait pas : il resterait sur le flanc de la colline. » Umberto Eco, extrait d’Apostille au Nom de la rose

Pour couronner le tout Umberto Eco a pris un malin plaisir à ne pas traduire les passages en latin, nombreux au début du récit.

Mais tout cela ne retire rien au plaisir de lire ce livre d’une grande richesse, comportant plusieurs niveaux de lecture. Il s’agirait même d’un livre à relire.  L’Apostille située en fin de l’ouvrage est un petit bijou pour les amoureux de la littérature, Eco y dévoile le processus d’écriture du roman, le travail d’un écrivain.

504 pages

Paru en 1980

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5 réflexions sur “Le nom de la rose – Umberto Eco

  1. Pingback: Tableau d’honneur 2011 | Lectures Humaines

  2. J’ai également adoré ce roman. Eco a bien fait de ne pas voir traduit les extraits en latin: cela nous libère d’une certaine façon. Et puis bon, je ne sais pas si j’aurais lu toutes les traductions si elles avaient été présentes: j’aurais plutôt continué ma lecture.

    • J’aurais également continué ma lecture si les propos n’aidaient pas à l’avancée de l’histoire mais j’ai eu envie de traduire au début pour voir si l’auteur ne nous donnait pas des indices sur l’enquête : peine perdue ! Pas de traducteur de latin sur le net !

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