Sukkwan Island – David Vann

Voyage en famille

Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.      Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable. Avec ce roman qui nous entraîne au cœur des ténèbres de l’âme humaine, David Vann s’installe d’emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan.

***

Père et fils ensemble, loin du monde. Le père, Jim, souhaite renouer avec cette nature qui lui manque, vivre son rêve avec son fils et oublier ses erreurs passées. Le fils, Roy, accompagne le père à contrecœur, uniquement par crainte que celui-ci ne se suicide s’il ne lui vient pas en aide. Jim n’est pas la figure modèle du père solide. Très vite, Roy et le lecteur comprennent que Jim a des failles susceptibles de le mener à la folie, et la tension s’installe. Malgré sa haine du lieu et sa peur du comportement paternel, Roy décide de rester, subissant ainsi cette pression psychologique involontaire de la part de son père. Ce roman est la parfaite illustration de la souffrance que peut occasionner les défaillances d’un parent sur un enfant.

Mais voilà, si le sujet est intéressant et prometteur, je me suis montrée assez hermétique au livre. L’écriture ne m’a pas touchée. L’auteur marque à peine les changements entre dialogues et récits, ce qui m’a quelque peu perturbé au début. Le style un peu haché  est parfait pour cette première partie où la tension ne fait que monter, mais  n’est pas idéal  pour la deuxième.

L’histoire en elle même est horrible. Un huis clos au beau milieu de nul part. Un père et un fils vivant la même expérience mais ne partageant pas le même point de vue sur cette épreuve. Les tensions constantes inhérentes à la survie : se protéger du froid, de la faim, des animaux sauvages,… Apprendre à vivre avec l’autre lorsque celui-ci peut à peine vivre en paix avec  soi-même. Le lecteur sent qu’un drame va avoir lieu. La question reste lequel et quand. C’est ici que David Vann m’a surprise. Je m’attendais à tout sauf à ce retournement. C’est sur cet événement que se clôt la première partie extrêmement tendue. Le narrateur change dans la deuxième partie, le lecteur suit l’histoire du point de vue du père. Cette partie n’est pas à la hauteur du début de l’oeuvre. Il s’agit d’un moment de remise en question et de prise de décision, mais le personnage du père ne fait que de s’apitoyer sur son sort (qui reste affreux, je vous l’accorde), et mine de rien, les sentiments du personnages tournent un peu en rond. Étant donné qu’il s’agit d’une œuvre comportant une grande part autobiographique – le père de David Vann lui ayant également demandé de vivre durant un an en Alaska. David refuse, quelques mois après son père se suicide – il est compréhensible que l’auteur parvienne plus facilement à développer le personnage de Roy alors que celui du père reste plus difficilement accessible.

Un tel sujet ne peut qu’émouvoir. Le choix du huis clos sur l’île est intéressant, parfait pour exacerber les émotions, des personnages comme du lecteur, et permet un développement croissant de la tension. Mais j’ai été hermétique à l’émotion. Le personnage du père est haïssable au début, puis  m’a tout simplement fatigué. Roy, le fils, est plus émouvant, étant donné qu’il subit le rêve de son père

Il ne s’agit pas d’un mauvais roman, l’histoire est intéressante, mais une fois la lecture finie, rien. Pas de souvenirs impérissables, pas de bouleversements. La première partie est particulièrement réussie, la deuxième s’essouffle. Une petite déception, j’en avais lu tellement de bien via différents blog.

Prix Médicis étranger 2010

200 pages.

Paru Janvier 2010

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