Madame Bovary – Gustave Flaubert

Oh oui le Bovarysme

Que dire qui n’a pas déjà été dit sur cet incontournable de la littérature française ? Madame Bovary serait même un classique parmi les classiques. Alors je me suis interrogée à son sujet. Je connaissais l’histoire, le personnage d’Emma me semblait  presque familier sans même avoir lu une seule ligne de ce livre, alors pourquoi le lire ?

La question est volontairement bête, il est évident qu’un livre mérite d’être découvert quand bien même on sait tout à son sujet. De Flaubert je ne connaissais que L’éducation sentimentale, dont l’écriture m’avait plu mais la trame du roman beaucoup moins. J’ai donc ouvert Madame Bovary avec le sentiment de me plonger dans une lecture qui ne me plairait sans doute pas beaucoup, mais qu’il faut expérimenter, pour comprendre le pourquoi du classique.

J’ai bien vite retrouvé le plaisir du texte de Flaubert, cette façon de conter et de décrier en même temps. L’atmosphère des villages  français du XIXème siècle, la prétention de certains habitants et la bassesse des autres. Emma est, contre toute attente, un personnage attachant. Toutefois, malgré ses envolées romanesques elle n’échappe pas à la prétention et à la bêtise, se révélant bien souvent plus que méprisante envers ceux qui ne correspondent pas à son idéal : le personnage de Charles Bovary étant  très certainement la plus grosse victime de ce roman.

Et puis elle se suicide, comme ça très vite, pour des problèmes d’argent, pour une incapacité à sortir la tête de l’eau et à accepter la réalité qui l’entoure, pour un ras le bol général de son existence. La scène de suicide est d’ailleurs un véritable bijou.

On se régale, on s’amuse, on se moque, on compatit, on se délecte de cette étude des mœurs.

Je conclurai donc cet article par une phrase sans grand intérêt mais… je suis ravie d’avoir lu ce roman !

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Madame Bovary, Gustave Flaubert
Paru en 1857
Lu en Garnier-Flammarion, 1966
329 p.
La première de couv. sur le blog ne correspond pas à celle de l’édition.
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Courir – Jean Echenoz

La course d’un homme dans l’Histoire

On a dû insister pour qu’Emile se mette à courir. Mais quand il commence, il ne s’arrête plus. Il ne cesse plus d’accélérer. Voici l’homme qui va courir le plus vite sur la Terre.

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Quel livre étrange.  Une lecture prenante, pas passionnante mais on ne peut s’empêcher de se laisser bercer au rythme de la prose d’Echenoz. Ça danse, ça rebondit alors que l’histoire elle même est d’une froideur incomparable : Émile ne demande pas grand chose dans la vie, il fait avec ce qu’on lui donne, tente de bien travailler, n’aime pas trop se plaindre et garde perpétuellement un sourire franc. Un jour son usine organise un marathon. Ça ne le tente pas trop, il n’est pas sportif, mais n’aime pas  dire non et n’a pas vraiment le choix, alors il s’exécute et prend soudainement  conscience que courir est une sorte d’automatisme chez lui. Il va même jusqu’à y prendre goût.

 En 1945, Émile effectue son service militaire et continue de courir comme un forcené en plus de son entraînement quotidien.  Très vite, la compétition sportive apparaît dans le paysage d’Émile. 5000 mètres, 10 000 mètres, Émile remporte tout et se forge une réputation nationale puis internationale, pulvérisant de nombreux records : le coureur devient un mythe, la fierté de son pays, gravit les échelons dans l’armée et est demandé dans toutes les courses.  Echenoz rajoute alors son nom de famille dans le récit : Émile Zatopek.

 Le choix de narration pour Courir m’a surpris. Le narrateur omniscient s’adresse au lecteur et  donne son avis « Je ne sais pas vous mais moi, tous ces exploits, ces records, ces victoires, ces trophées, on commencerait peut-être à en avoir un peu assez. Et cela tombe bien car voici qu’Emile va se mettre à perdre.  » p. 106.

Émile n’est pas  son personnage mais un personnage dont la vie nous est narrée ici. C’est la machine à courir qui est montrée, celle qui ne répond à aucun critère esthétique, qui doit toujours aller plus loin, battre de nouveau record au détriment de sa bonne santé.

Le lecteur est invité à suivre et à observer la vie d’Émile et non à s’y attacher ou s’y retrouver. Cela m’a semblé être en parfaite adéquation avec le cadre historique. Émile est un pantin, tant que le Parti est ravi de l’image qu’il renvoie du pays, Émile peut participer aux compétitions étrangères, lorsque le Parti ne le souhaite plus, Émile n’a plus de liberté de mouvement et même d’expression.

Un roman d’une très grand maîtrise, le lecteur assiste au récit tout comme Emile assiste à sa propre vie, de la gloire au déclin.J’y vois un vrai coup de maître,   un livre littéraire qui n’est pas là pour nous distraire mais pour nous raconter une histoire, une vie  particulière, sans fioritures. Le style est vif et simple et en repensant à ce roman quelques semaines après sa lecture j’ai cette impression de course. Cette lecture est une course.

Emile Zatopek (1922-2000)

Courir, Jean Echenoz
Éditions de Minuit, 2008
144 p.