14 – Jean Echenoz

poster_237569Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d’entre eux. Reste à savoir s’ils vont revenir. Quand. Et dans quel état.

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Voilà un moment que j’ai lu ce roman et je n’ai pas ressenti l’envie d’en parler ici. D’une je ne trouvais pas de chose assez intéressante à dire qui puisse rajouter aux divers critiques déjà écrites. De deux, j’avais peur de devoir dire que je n’ai pas trop aimé, et le dire c’est le rendre réel et ça me chagrine : 14 ne m’a pas vraiment plu.

Echenoz décrit  la guerre de manière  minimaliste et pertinente puisqu’il se concentre sur le destin de peu de personnage. Par destin, il ne faut pas entendre « grande aventure où l’on rencontre angélique marquise des anges » mais tout simplement bout de vie. Comme beaucoup d’hommes entre 14 et 18, les hommes de 14 sont envoyés au front, et y survivent tant bien que mal.

Le lecteur suit en parallèle la vie d’une femme, restée au village.

J’oscille entre le « c’est intéressant comme façon de raconter » et « ça ne m’a pas intéressé » et j’ai bien du mal à faire un vrai billet construit. Compliqué.

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14 – Jean Echenoz
Publié aux Editions de Minuit, 2012
123 p.

La Horde du Contrevent – Alain Damasio

« Il était une fois un pays de vaste étendue où rien ne tenait plus en place. Un vent féroce y soufflait tout le jour et la nuit, entêtant et unique, de l’est vers l’ouest, faiblissant certains soirs, mais ne cessant jamais. Les collines y étaient poussées dans le dos, les rochers dérivaient lentement, même le soleil avait du mal à s’arrimer au ciel. (…) Sur cette terre vivaient trois tribus : la plus frivole faisait de la voile, la plus grande s’abritait dans des villages enclos et la plus stupide tentait, très fièrement, de remonter le vent jusqu’à sa source… » p. 475

 

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Celui-ci est un livre que l’on a mis entre mes mains en me déclarant tout bonnement qu’il était absolument génial, qu’il fallait le lire et qu’on ne pouvait pas passer à côté. En faisant quelques recherches dessus, il s’avère que la grande majorité des avis sur ce livre vont dans ce sens. Le mien aussi : ce livre est génial, il faut le lire, vous ne pouvez pas passer à côté.

La Horde du Contrevent est un ovni : science-fiction, quête, émotion, personnages, réflexions, écriture, concept. Tout est bon.

Alain Damasio sait écrire, aime les mots, sait jouer avec. L’auteur nous intègre de façon immédiate au sein de cette horde composée de 23 joyeux gaillards qui contrent le vent depuis 30 ans.  Dès les premières pages le lecteur est happé dans cet univers de force, de douleur et de persévérance.

De plus, chouette concept : 23 personnages, autant de narrateurs. Cinq ou six narrateurs prédominent le récit mais tous les personnages finissent par avoir leur passage. Pour ne pas nous perdre, Damasio met en place un système de signe. Un signe correspond à un personnage, avant chaque paragraphe, le signe apparaît.

C’est intelligent, bien écrit, très prenant. Les multiples narrateurs peuvent effrayer certains, la notion de SF également mais il ne faut point l’ami, c’est un livre littéraire.

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La Horde du Contrevent – Alain Damasio
Publié en 2004 chez La Volte
Lu en Folio 2012
700 p.

Truismes – Marie Darrieussecq

 » Le directeur a été très gentil avec moi le jour de mon embauche. J’ai eu la permission de gérer ma parfumerie toute seule. Ça marchait bien. Seulement, quand les premiers symptômes sont apparus, j’ai dû quitter la parfumerie. Ce n’est pas une histoire de décence ni rien ; c’est juste que tout devenait trop compliqué. Heureusement, j’ai rencontré Edgar, et Edgar, comme vous le savez est devenu président de la République. C’était moi l’égérie d’Edgar. Mais personne ne m’a reconnue. J’avais trop changé. Est-ce que j’avais raté la chance de ma vie ? En tout cas, je ne comprenais toujours pas très bien ce qui m’arrivait. C’était surtout ce bleu sous le sein droit qui m’inquiétait… »

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J’ai pris ce livre intriguée par cette histoire de femme qui se transforme en truie. J’aime les histoires de métamorphose, par conséquent, ce livre devait être lu. La narratrice, déjà transformée en truie, décide d’écrire son incroyable histoire.

La transformation de cette jeune femme s’est faite progressivement. Tout d’abord elle prend un peu de poids. Cette prise de poids est harmonieuse et son corps ne laisse alors personne indifférent : elle est appétissante et tout le monde souhaite en avoir un peu. Elle trouve du travail dans une parfumerie qui s’avère être plus proche d’une maison close que de Sephora. Le temps passe, les clients sont ravis, elle rencontre un jeune homme avec qui commence une histoire d’amour, tout va pour le mieux. Mais cette prise de poids ne s’arrête pas, et la jeune femme passe d’appétissante à repoussante. Tout s’effondre, elle perd son travail, son compagnon, son toit, et petit à petit son apparence humaine.

Et tout  part alors en sucette.Le livre qui flirtait déjà avec le malsain se vautre dedans. Les politiciens sont immondes, les hommes en général n’ont plus aucune morale ou retenue, et cette pauvre femme-truie se retrouve bien souvent dans des situations dégradantes, sans avoir trop l’air de s’en offusquer.

Si j’ai apprécié le récit  sur cette transformation animale qui s’opère, j’ai lu le reste de l’ouvrage en me demandant exactement ce que j’étais en train de lire. C’est un livre violent. Ce que dit l’auteure est intéressant mais personnellement je n’ai pas accroché à ce livre, que ce soit l’histoire ou le style. C’est une expérience de lecture, un livre court qui dérange lorsque qu’on le lit mais qu’on oublie bien vite (j’ai, par exemple, complètement oublié la fin du livre).

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Truismes – Marie Darrieussecq
Publié en 1996, édition de 2008
Folio
148 p.

Attentat – Amélie Nothomb

Epiphane Otos serait-il condamné par sa laideur à vivre exclu de la société des hommes et interdit d’amour ? Devenu la star – paradoxale – d’une agence de top models, Epiphane sera tour à tour martyr et bourreau, ambassadeur de la monstruosité internationale…. et amoureux de la divine Ethel, une jeune comédienne émue par sa hideur. 

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J’ai vaguement souvenir d’avoir lu il y a quelques années un livre d’Amélie Nothomb mais impossible de me souvenir  du titre  et encore moins du sujet. Je cherchais un livre à lire en un après-midi, on m’a mis celui-ci entre les mains, je me suis donc attelée à la lecture de mon « deuxième » livre de l’auteure.

Le sujet m’a plu : un homme, incroyablement laid, aussi bien de corps que de visage, tombe amoureux d’une jeune comédienne en qui il voit la plus belle femme du monde. Epiphane devient ami avec elle, mais n’ose pas lui avouer son amour, de peur de perdre la belle. A presque trente ans, Epiphane n’a jamais travaillé, grâce à un héritage. Mais l’argent vient à manquer et Epiphane se voit bien obligé de chercher un travail, en n’ayant bien évidemment aucune expérience professionnelle. Alors lui vient l’idée de postuler dans une agence de mannequin : il serait la laideur qui viendrait rehausser la beauté. Epiphane devient mondialement célèbre, parcourt le monde entier mais n’oublie pas son amour pour Ethel, avec qui il continue d’entretenir une solide amitié. Mais la belle s’amourache d’un autre, et Epiphane ne peut qu’assister à l’éloignement de son amour, à moins d’oser un jour tout lui avouer…

Il est question de norme : qu’est-ce que la beauté ? Est-ce réellement celle de l’intérieur alors même que Epiphane – qui se moque pourtant de Quasimodo aimant la belle Esméralda –  tombe amoureux d’une belle femme et n’accorde aucun regard, voire des propos violents, aux femmes laides ?

C’est un livre sympathique, intéressant. Toutefois, la profusion de références littéraires ou autres sont un poil fatigantes et ne sont, la plupart du temps, pas nécessaire.  C’est donc un avis mitigé. Le livre est court et se lit en très peu de temps, il n’y a pas de longueurs et le sujet est bien traité. Mais je pense que cette brièveté du récit est idéale, un roman plus long serait sans doute indigeste.

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Attentat – Amélie Nothomb
Publié en 1997, édition de 2007
Livre de poche
152 p.

Journal d’un corps – Daniel Pennac

De 13 à 87 ans, âge de sa mort, le narrateur a tenu le journal de son corps. Nous qui nous sentons parfois si seuls dans le nôtre nous découvrons peu à peu que ce jardin secret est un territoire commun. Tout ce que nous taisions est là, noir sur blanc, et ce qui nous faisait si peur devient souvent matière à rire.

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M. Pennac, lorsqu’il écrit un livre, c’est très souvent très  bien. Et clairement ce n’est pas avec ce livre là que l’on va commencer à dire le contraire.

Un homme a tenu son journal toute sa vie. Cet homme est censé être réel et non fictif (mais moi, j’y crois pas…). La fille du détenteur du journal se rend un soir chez Pennac, les yeux rougies par une nuit intensive de lecture et de pleurs et confie à Daniel (quel joie de nommer les auteurs par leur prénom) les nombreux  carnets griffonnés par son père.

Ainsi commence la découverte de ce personnage, de ses 13 ans à sa mort. Une vie bien remplie que l’on entraperçoit au travers des petits bobos et autres sensations relevant des cinq sens.

Nous ne tombons pas dans le « cher journal » mais restons bel et bien dans l’analyse du corps de cet homme, de ses sensations de maladie, d’amour, d’angoisse, de plaisir, de souffrance.

Ça se lit avec plaisir, M. Pennac écrit toujours aussi bien, c’est une idée incroyablement originale. Si le début du livre est tendrement comique (les affres de l’enfance et de l’adolescence) la fin du livre est vraiment touchante, lorsque le personnage que nous avons appris à côtoyer assiste au déclin de son plus grand allié, de ce corps qui le lâche de plus en plus sans jamais cesser de le surprendre. La vie sociale  de cet homme est tracée en pointillé mais sa vie organique nous est offerte sans aucune pudeur.

Beau.

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Journal d’un corps, Daniel Pennac
Publié en Février 2012
Gallimard
400 pages