Lointain souvenir de la peau – Russel Banks

lointain_souvenir_de_la_peau    A l’instar de ses pareils, hommes de tous âges et de toutes conditions que leur addiction au sexe a conduits devant les tribunaux puis relégués loin des « zones sensibles », le Kid, vingt et un ans, bracelet électronique à la cheville, a pour quartier général le viaduc Claybourne qui relie le centre-ville de Calusa, Floride, à son luxueux front de mer. Depuis toujours livré à lui-même, n’ayant pour ami qu’un iguane offert par une mère passablement nymphomane, le Kid s’est enivré
de sexe virtuel jusqu’au jour où sa naïveté l’a jeté dans un des pièges où la police épingle les putatifs délinquants sexuels.

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Lointain souvenir de la peau n’est pas un livre romanesque. Ce n’est pas une histoire qui vous emporte. C’est un livre froid, précis, à la limite du chirurgicale. Le thème traité n’est pas facile, Russel Banks nous dépeint la vie misérable des délinquants sexuels. Petits malfrats de base ou politiciens, tout homme peut se retrouver à loger sous ce pont.

Pour ces personnages, le sexe est une addiction, une drogue. Kid, lui, n’a pas encore franchi le cap de l’irréparable ayant  été attrapé juste avant.  C’est ainsi qu’à peine majeur, Kid vit au milieu d’hommes chassés de la société. Un jour, un professeur d’université,  dont le physique hors norme fait de lui une attraction pour beaucoup, s’intéresse à cette micro société qui se forme sous ce pont. Le Professeur commence donc à travailler avec le Kid pour réorganiser la vie des délinquants selon des notions de société validées.

Réflexion sur la société américaine, Lointain souvenir de la peau nous invite à considérer  cette  part monstrueuse qui sommeille en nous : nous pourrions être sous ce pont mais nous n’y sommes pas. Par conséquent, nous rejetons avec une grande facilité  ceux qui sont différents voire dangereux, notamment lorsqu’il s’agit de délinquants sexuels.  Le personnage du professeur est notre conscience nous rappelant que chaque problème mérite de trouver une solution, et que l’humanité ne se délimite pas à des zones géographiques.

Lointain souvenir de la peau est donc un livre intéressant à lire pour les réflexions sur le rapport au sexe dans  notre société, que l’on soit délinquant sexuel ou pas. Banks ne minimise jamais l’horreur de ces actes, mais les traite sans jugement. Un livre hors norme.

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Lointain souvenir de la peau, Russel Banks
Publié chez Actes Sud, 2012
448 p.
Traduit de l’américain par Pierre Furlan
 
 

Le grand livre des gnomes – Terry Pratchett

Lorsque Masklinn, seul chasseur d’une tribu de gnomes, pénètre dans le grand magasin Arnold Frères, quelle n’est pas sa surprise de découvrir que ses rayonnages abritent des centaines de ses congénères, invisibles au regard des hommes ! Son arrivée crée cependant la panique, car pour les résidents, le « dehors » n’est pas censé exister. De plus, l’intrus est venu avec le Truc, un objet doué de parole qui prétend connaître l’origine du petit peuple. Et qui fait surtout cette révélation : le magasin est sur le point d’être détruit !

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Ma foi, je me mets à lire de la science-fiction-fantasy-il-faut-arrêter-de-donner-des-genres-à-chaque-oeuvre-littéraire.

Cela faisait un bon bout de temps que j’étais tentée de découvrir ce génialement drôle écrivain anglais. Les annales du Disque Monde me faisait de l’œil, mais impossible de savoir avec quel livre commencer. Du coup je me suis rabattue sur celui-ci, hors de cette vaste série, un one-shot comme disent mes amis les plus jeunes que moi.

Si j’ai passé un  moment sympathique en compagnie de Masklinn et de ses divers compagnons, je n’ai pas été plus charmée que ça. Voir le monde des humains via les yeux de ces petits êtres est tout à fait réjouissant, mais l’histoire en elle-même ne m’a pas emballée. Le roman (qui fut à l’origine publié sous forme de trilogie) se lit tout de même avec plaisir.  Nous avons affaire à un vrai roman d’aventure : ces gnomes parviennent tout de même à conduire un camion, survivre à des escalators, ligoter un humain et ils font dix centimètres. Dans l’absolu, on ne s’ennuie pas, on s’amuse même, et maintenant j’essaie même d’apercevoir des gnomes dans le métro (sait-on jamais).

Mon avis est donc assez mitigé : c’était sympathoche, mais je n’en garderai pas un souvenir impérissable. Si des fans ou amateurs de Pratchett passe dans le coin, conseillez-moi un autre de ses livres, je reste curieuse.

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Le grand livre des gnomes – Terry Pratchett
Publié en 1989 et 1990
Lu en J’ai lu édition de 2001
510 p.
Traduit de l’anglais par Patrick Marcel

La Horde du Contrevent – Alain Damasio

« Il était une fois un pays de vaste étendue où rien ne tenait plus en place. Un vent féroce y soufflait tout le jour et la nuit, entêtant et unique, de l’est vers l’ouest, faiblissant certains soirs, mais ne cessant jamais. Les collines y étaient poussées dans le dos, les rochers dérivaient lentement, même le soleil avait du mal à s’arrimer au ciel. (…) Sur cette terre vivaient trois tribus : la plus frivole faisait de la voile, la plus grande s’abritait dans des villages enclos et la plus stupide tentait, très fièrement, de remonter le vent jusqu’à sa source… » p. 475

 

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Celui-ci est un livre que l’on a mis entre mes mains en me déclarant tout bonnement qu’il était absolument génial, qu’il fallait le lire et qu’on ne pouvait pas passer à côté. En faisant quelques recherches dessus, il s’avère que la grande majorité des avis sur ce livre vont dans ce sens. Le mien aussi : ce livre est génial, il faut le lire, vous ne pouvez pas passer à côté.

La Horde du Contrevent est un ovni : science-fiction, quête, émotion, personnages, réflexions, écriture, concept. Tout est bon.

Alain Damasio sait écrire, aime les mots, sait jouer avec. L’auteur nous intègre de façon immédiate au sein de cette horde composée de 23 joyeux gaillards qui contrent le vent depuis 30 ans.  Dès les premières pages le lecteur est happé dans cet univers de force, de douleur et de persévérance.

De plus, chouette concept : 23 personnages, autant de narrateurs. Cinq ou six narrateurs prédominent le récit mais tous les personnages finissent par avoir leur passage. Pour ne pas nous perdre, Damasio met en place un système de signe. Un signe correspond à un personnage, avant chaque paragraphe, le signe apparaît.

C’est intelligent, bien écrit, très prenant. Les multiples narrateurs peuvent effrayer certains, la notion de SF également mais il ne faut point l’ami, c’est un livre littéraire.

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La Horde du Contrevent – Alain Damasio
Publié en 2004 chez La Volte
Lu en Folio 2012
700 p.

Une place à prendre – J.K Rowling

Bienvenue à Pagford, petite bourgade en apparence idyllique. Un notable meurt. Sa place est à prendre…
 Comédie de mœurs , tragédie teintée d’humour noir, satire de nos hypocrisies sociales et intimes, ce premier roman pour adultes révèle  sous un jour inattendu un écrivain prodige.

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J’étais enthousiaste avant de commencer ce livre. J.K Rowling avait su me séduire avec Harry Potter, mais là c’est le bide total. Non seulement l’histoire n’est pas intéressante, mais les personnages ne viennent même pas relever le niveau. Tout est plat, sans intérêt. Point positif tout de même, J.K Rowling parvient toujours à décrire les pensées des adolescents…mais pas des adultes.

J’ai eu l’impression de lire le scénario d’un téléfilm diffusé l’après-midi. Beaucoup de clichés et d’ennui. Et en plus, c’est long.

9/20

Lu dans le cadre des Match de la rentrée littéraire

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Une place à prendre – J.K Rowling
Publié en 2012
Grasset
679 p.
Traduit de l’anglais par Pierre Demarty

Cent ans – Herbjorg Wassmo

Sara Susanne, Elida et Hjørdis, sont respectivement l’arrière-grand-mère, la grand-mère et la mère de la narratrice. Cent ans est le roman de leurs vies, des hommes qu’elles voulaient et des hommes qu’elles ont eus, des enfants auxquels elles ont donné naissance. C’est aussi l’histoire d’une petite fille qui se cache au grenier pour l’éviter, lui. Elle a un crayon jaune qu’elle taille avec son couteau de poche et qui lui sert à écrire. À survivre.

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Cent ans est un livre qui vous accompagne. De ceux que l’on a pas envie de lire trop vite par crainte de le quitter. C’est un beau roman, un roman d’histoires, sur ces femmes, sur cette famille que l’on suit sur plusieurs générations. L’atmosphère de la Norvège, de la fin du XIXème siècle au milieu du XXème, de la campagne à la ville. Des amours et des espoirs des narratrices. De leur courage face aux événements de la vie.

C’est un livre tout en douceur et en force, qui nous fait penser aux vies de nos aïeux, que nous connaissons mal généralement.  Les quatre générations de femmes ne nous sont pas contées par ordre chronologique, l’auteur nous fait voyager dans le temps par chapitre, sans jamais nous perdre.

C’est à lire, messieurs-dames !

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Cent ans – Herbjorg Wassmo
Publié en 2011
Gaïa
558 p.
Traduit du norvégien par Luce Hinsch